Portraits de famille - Le blog du livre

Blanquette, une vache à Paris

 

 

 

Une vache à Paris

Cette histoire aussi est vraie, comme en témoigne l’album photo de Blanquette ci-dessus.


Un soir de fin d'été, en Normandie, Blanquette était en train de brouter paisiblement lorsqu'elle surprit cette conversation entre le fermier et sa fermière :

- Elles sont bien grasses tes vaches, mon jojo. Faudrait peut-être les emmener à l’abattoir.
- Oui, oui... Demain, demain. (Jojo répète toujours tout deux fois)
Blanquette scandalisée en parla aux autres vaches :
-Faut se tirer les filles, sinon c’est la mort. On va finir en bifteck, en gigot, en brochettes, en côtelettes, en tartare ou en pot-au-feu.
- C’est notre destin, répondirent les autres vaches en continuant à brouter.

Blanquette ne ferma pas l’œil de la nuit. Le ciel était magnifique, l’air était doux et la terre sentait bon l’herbe grasse. «Je ne peux pas mourir avant de voir Paris» se dit Blanquette.
Et à cet instant, dans le ciel, elle vit un signe qui lui indiqua le chemin (une constellation en forme de vache qui sautait par dessus la haie). Elle prit son élan et s’envola bien au-dessus des barbelés. Elle était libre.

A un croisement, elle trouva un panneau qui indiquait la direction de Paris. Elle suivit cette route. Il se mit à pleuvoir comme vache qui pisse. Elle se dit que, comme ça, elle serait un peu plus propre en arrivant à la capitale. Elle trottait avec allégresse tellement elle était heureuse. Trois jours plus tard, elle entrait dans Paris. Blanquette n’avait pas des idées très originales en matière de tourisme. Comme tout le monde, elle voulait voir la tour Eiffel, le Sacré-cœur, le Louvre, Notre Dame et Beaubourg.

Elle commença par la tour Eiffel. Elle s’offrit d’abord un copieux petit-déjeuner d’herbe parisienne sur le champ de mars. Une fois le ventre plein, elle monta au deuxième étage pour voir Paris d’en haut. C’était vraiment une vue magnifique! Tous les touristes voulaient se faire photographier avec Blanquette.

Il faut dire qu’une vache sur la tour Eiffel, on n’avait encore jamais vu ça...

Dans l’après-midi, elle se rendit au Sacré Cœur. Elle fut un peu déçue. Elle trouvait le bâtiment un peu lourd et sans style. Elle s’attendait à quelque chose de plus élancé. Elle s’allongea en haut des marches pour méditer sur sa nouvelle condition de vache libre. Très vite elle s’endormit. Un curé qui passait par là s’écria :
-Une vache à Montmartre, on a jamais vu ça !

Le lendemain à l’aube, elle traversa Paris encore endormi pour arriver au Louvre. C’était fermé et elle dû attendre l’heure d’ouverture. L’école française du 17 eme ne l’intéressa pas du tout. C’était pompeux et chargé. Par contre les statues mésopotamiennes la transportèrent. Elle resta à les contempler toute la journée. Elle y resta toute la nuit aussi. Le gardien croyant à une hallucination préféra l’oublier là…
Une vache au Louvre, on avait jamais vu ça !

En s’éveillant elle décida d’aller voir Notre Dame. Elle mettait rarement les pattes dans une église et se sentait un peu intimidée. Elle s’attarda devant les milliers de petites bougies allumées. Elles pensa alors aux autres vaches qui avaient sans doute succombé à leur destin et se mit à pleurer. Ses grosses larmes rebondissaient sur les pavés usés de la cathédrale. Quelques pélerins tombèrent à genoux.

Une vache qui pleure à Notre-dame, on avait jamais vu ça !

«Beaubourg, ça va me remettre, se dit Blanquette, l’art moderne c’est plus gai, il paraît.» Elle décida de visiter les collections permanentes. D’habitude elle est plutôt tolérante pour toutes les formes d’expressions artistiques, mais un truc l’a mise hors d’elle. Un pouf en peau de vache était exposé aux yeux de tous et personne ne semblait choqué. «Les humains sont vraiment des monstres». Elle préféra sortir, le regard noir et les naseaux fumants.
A Beaubourg on croyait avoir tout vu, mais une vache en colère, ça, jamais.

«La liberté c’est pas si facile» se dit Blanquette. Elle erra dans Paris et arriva par hasard au Parc Montsouris. Le lac, les arbres centenaires, les grandes pelouses l’enchantèrent. Elle retrouvait un peu sa Normandie. De joie elle se soulagea le ventre.
- Tu pourrais ramasser, lui dit un chien qui passait, des bouses à Montsouris, on avait jamais vu ça !
Elle aperçut près d’un ruisseau bordé d’iris, un endroit ou la pelouse était plus haute et plus verte. Elle avait tellement faim qu’elle tondit la parcelle en quelques heures. Puis elle s’endormit à l’ombre d’un grand arbre. Le jardinier, arrivant avec sa tondeuse, trouva le travail fait. Il alla donc faire aussi la sieste sous le grand arbre. Quand ils se réveillèrent, ils furent tout de suite amis. Et Blanquette devint tondeuse à Montsouris. Elle fut très vite populaire et on venait de loin pour la rencontrer. Tous s’exclamaient :
Une vache à Paris, on a jamais vu ça !

Marie-Astrid Bailly-Maitre

 


En préparation :
Un pélican à Bordeaux, Une autruche à Clermont-ferrand, Un âne à Marseille, Une dinde à Strasbourg, Un cochon à Bordeaux, Un mouton à Brest, Une chèvre à Toulouse, Un canard à Lyon...

 

 

 

 

05:21 - 1/09/2007


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Portraits de Famille :

Editions Larousse
320 pages
Prix : 20,90 euros


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Blanquette, une vache à Paris
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